LA RELATION SOIGNANT-SOIGNE A L’EPREUVE DE LA PANDEMIE Covid19 (deuxième partie)

Dr. OUZOUHOU Mustapha, MD, MPH

mai 2020

3. La Pandémie Covid 19 : quelles particularités et quel impact sur la relation soignant – soigné et sur la perception de la société à « la santé » et au « soignant »?

En observant la succession des événements, nous pouvons dégager quelques constatations préliminaires :

  • La grande méconnaissance du « comportement » de l’agent pathogène, des ses modes de transmission (au début du moins), des moyens de prise en charge convenables, l’absence de solution thérapeutique franche, sont l’un des facteurs majeurs de stress chez les professionnels de la santé.  « Face au coronavirus, les professionnels de santé marchent sur des œufs » déclara un médecin français au début de la pandémie. «Même si on a les bases en infectiologie, on ne connaît pas bien ce virus, on marche un peu à l’aveugle, assure Morgane. «Nous sommes tous novices face au coronavirus», abonde Isabelle l’infirmière(2).
  • La perception de la pandémie jugée « grave » et le caractère même  « mortel »  de la maladie Covi19 a créé un climat dans la relation caractérisé par une grande peur de la part des soignants et des patients. Tout malade est source de peur, de méfiance et de distanciation. Ceci se traduit par l’usage des moyens de protection drastiques et les sentiments de peurs exprimés par ces soignants. Cette peur est alimentée davantage par l’insuffisance des moyens de protection dont disposent les professionnels de la santé dans la majorité des pays. « Tout comme l’absence de masque, le manque de tests continue aussi de susciter l’interrogation et la colère dans les milieux soignants. « C’est une vraie difficulté », insista le porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers en France (SNPI), Thierry Amouroux. Cette peur réciproque, l’arsenal des barrières physiques (combinaisons, casques, masques, lunettes) constituent des barrières qui impactent négativement la relations soignant – soigné.
  • L’afflux massif des malades a mis les soignants devant un dilemme éthique de taille dans certains pays leur imposant parfois de « sélectionner » quels malades (cas) « favoriser » en sois intensifs par rapport à d’autres : « Ce qui m’angoisse le plus,  c’est ce qui va arriver à un moment donné. Nous allons devoir choisir ceux que nous sauverons puisque nous n’aurons pas assez de lits de réanimation pour accueillir toutes les personnes qui vont en avoir besoin » (1).  confiait un médecin (1). Une autre infirmière déclare : «On est conscients qu’il va y avoir de nombreux morts. C’est là que vont se poser des questions d’éthique. À qui va-t-on laisser l’oxygène ?». D’un point de vue éthique et émotionnel, c’est extrêmement dur à vivre par les soignants qui vont être confrontés à ces choix. La pire émotion que peut vivre un soignant est le sentiment d’impuissance.
  • La pandémie a déstabilisé l’hiérarchie des besoins des soignants en mettant en avant leur besoin vital d’éviter de contracter la maladie avant tout autre besoin. dans ce même sens, les soignants se sont retrouvés séparés de leurs proches (enfants, conjoints, parents) à cause de la pandémie en raison de la peur de transporter le virus chez eux. « J’ai peur de contracter le Covid-19, pas tant pour moi, mais parce que je pourrais être porteuse pour mes proches, mes collègues et surtout pour mes patients », confia une jeune infirmière d’un hôpital Parisien(1).
  • D’un autre côté, la pandémie a aussi rapidement dissipé l’image  négative et toutes les croyances négatives conséquentes envers les professionnels de la santé. Les professionnels de la santé de sont rapidement devenus des sauveurs et des même des héros  de la nation. A titre d’exemple, ils sont applaudis chaque soir,  à 20 heures en France.
  • La pandémie a permis aux soignants, malgré tout, de mettre en avant leur « identité professionnelle » avec toutes les valeurs qu’elle incarne en faisant preuve d’un grand courage, d’engagement et sacrifice et en « se niant » complètement pour le bien être et la vie de leurs patients. Au milieu de cette crise sanitaire qui s’installe, les soignants n’ont plus que leur courage, leur abnégation pour faire face en laissant de coté provisoirement leurs revendications professionnelles et leur combat pour un système de soins adéquat. L’urgence prime.

La pandémie à mis «  à genoux »(1) la majorité des systèmes de santé, mêmes les plus forts. Le regard vis-à-vis de la santé, des professionnels de la santé et des systèmes de soins ne sera plus le même après la pandémie. La pandémie a, en effet, donné la preuve tangible qu’il n’ya pas de développement sans « santé » et que la santé est vraiment « l’affaire de tous » et la « santé » est un levier incontournable de tout développement social.

lien vidéo :https://youtu.be/ICWZA08ZIKk

(à suivre)

LA RELATION SOIGNANT-SOIGNE A L’EPREUVE DE LA PANDEMIE DU Covid 19

Partie 1:

Dr. OUZOUHOU Mustapha, MD, MPH

mai 2020

Introduction :

La relation soignant-soigné est une relation dynamique complexe qui se laisse influencer par plusieurs facteurs contextuels. La pandémie de Coronavirus qui traverse le monde depuis quelques mois constitue une épreuve exceptionnelle aussi bien pour les professionnels de la santé qui y sont directement confrontés ainsi qu’aux patients atteints de cette maladie. Cet article tente de saisir les influences de cette pandémie sur les professionnels de la santé, sur la relation soignant-soigné et sur les systèmes de santé, en général.

  1. La relation soignant-soigné ; une dynamique et des enjeux complexes :

De façon générale, la relation de soins intègre plusieurs enjeux et facettes :

  • L’enjeu est d’abord un enjeu identitaire : d’un côté, le professionnel de la santé doit mettre en évidence son identité de soignant avec tout ce que cette identité sous entend. Il s’agit d’abord de mettre en situation les valeurs de la profession à savoir les valeurs déontologiques et éthiques principalement. Il s’agit aussi de mettre en œuvre ses compétences acquises aussi bien techniques que relationnelles et exprimer une empathie dosée envers le soigné. De sa part le patient se permet tout le droit de conserver toute son identité, humaine et son intégrité physique et morale.
  • L’enjeu est deuxièmement un enjeu de  « pouvoir » : le soignant – de part son statut de soignant – dispose d’un certain « pouvoir » mesuré dans la relation de soins ce qui lui permet de guider le processus de soins et établir le contrat de soins dans la concertation et le respect de l’intégrité physique et morale du patient. Cette relation peut parfois devenir autoritaire, ce qui est le cas de la situation actuelle où l’hospitalisation devient une obligation et le contrat de soins devient une obéissance inconditionnelle de la part du soigné à toute les mesures dictées par «  l’autorité sanitaire ». Les conditions dans lesquelles les patients covid19 positif sont ramenés aux hôpitaux en est l’illustration.
  • L’enjeu est troisièmement un enjeu communicationnel. En effet la relation de soins suppose une communication efficace entre les deux parties prenantes du soin. La qualité du soin dépend en grande partie de la qualité de la relation. Ceci soulève aussi la question des contours de cette relation. Comment le soignant doit communiquer avec son patient sans se laisser emporter dans la relation et aussi sans trop s’éloignant et aboutir à une froideur relationnelle ? Garder la bonne distance est un dilemme permanant. C’est ce qu’on appelle la bonne « distance thérapeutique ». la situation pandémique actuelle impose un mode de communication soignant-soigné très particulier où la communication non verbale est marquée par la multitude des barrières physiques et spatiales.
  • La relation soignant – soigné ; des influences multiples :

La relation de soin est influencée par plusieurs facteurs :

  • D’abord par le type de « problème de santé » en question et le type de prise en charge qui en découle. Le type de relation est variable selon qu’il s’agit d’un problème de santé « urgent ou vital » ou un problème de santé mettant en jeu le pronostic vital ou un problème dit « froid » de médecine de routine.
  • L’environnement physique (lieu, service, moyens diagnostics et thérapeutiques disponibles …) où a lieu cette relation de soin. En effet, le cadre ou la structure où a lieu la relation, l’organisation mise en place, les moyens diagnostiques et thérapeutiques disponibles impactent la relation soignant – soigné.
  • Le contexte épidémiologique général où à lieu cette relation dont la pandémie actuelle est une illustration.
  • Le niveau de connaissances et les possibilités thérapeutiques sur le problème de santé en question.

L’état émotionnel du soigné et du soignant. En effet chaque acte de soins comporte une composante émotionnelle plus ou moins importante chez les deux parties : le spectre émotionnel des soignants et soignés peut varier entre la joie et le sentiment de réussite et de réalisation, la peur, le stress, la colère, ou même le déni ou le sentiment d’impuissance et de culpabilité. Ceci suppose de la part des soignants un grand niveau d’intelligence émotionnelle pour être en mesure de reconnaitre et gérer convenablement leurs propres émotions et celles de leurs patient et leur entourage et surtout d’éviter de subir les émotions négatives  pouvant conduire à l’épuisement professionnel (physique et psychique)

(à suivre)